L'étiquetage contre les produits alimentaires "frauduleux" devrait profiter à l'huile de palme

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Alors que l’Union Européenne vient juste de décider que les ingrédients non cités sur l’étiquetage des produits alimentaires seraient considérés comme introduits frauduleusement, on doit s’interroger sur cette motivation.

Le projet de directive du parlement européen A7-0434/2013 du 4 décembre 2013 va rendre obligatoire le détail des matières grasses contenues dans les denrées alimentaires.

La mention "huiles végétales" devra être remplacée par la liste des huiles végétales rentrant dans la composition de l’aliment considéré.

Une attaque sournoise contre l’huile de palme

Les motifs sont clairs et s’inscrivent dans la campagne de diabolisation de l’huile palme accusée, à tort, de contenir des acides gras trans alors qu’elle n’en contient pas contrairement aux huiles hydrogénées retrouvées dans les viennoiseries et les biscuits pour apéritif.

On l’accuse aussi de contenir trop d’acides saturés alors que d’autres matières grasses en contiennent presque autant, voire  plus, sans que personne ne s’en inquiète. Citons pour les matières grasses végétales, le beurre de cacao 60%, retrouvé dans le chocolat, l’huile de coprah ou de coco issue du cocotier 90%, l’huile de palmiste issue de la graine du noyau du fruit du palmier à huile 85%.

Pour les matières grasses animales, citons la matière grasse laitière dont le beurre 60 à 70%, la matière grasse de porc 50%, la graisse de bœuf 55%, la graisse de mouton 60% et enfin le lait maternel 40 à 45%. Voilà autant de produits à étiqueter en conséquence !

L’huile de palme est pourtant un outil technologique d’une grande valeur pour l’industrie agro alimentaire; elle permet un éventail immense de fabrications en toute sécurité sanitaire et est venue miraculeusement en substitution des huiles hydrogénées riches en acides gras trans, mauvais pour la santé.

L’huile de palme est perçue comme neutre par les évaluateurs scientifiques les plus sévères ou comme pouvant apporter des bénéfices sanitaires. Retenons qu’elle n’est assimilée qu’à 70%, que ses acides gras saturés ne sont pas dangereux grâce à une structure favorable de ses triglycérides, que ses composés quantitativement mineurs comme les carotènes, les tocophérols et surtout les tocotriènols sont susceptibles de présenter des effets biologiquement majeurs de protection contre les cancers et les maladies cardiovasculaires.   

L’étiquetage en question

L’étiquetage des produits alimentaires pose autant de problèmes aux consommateurs qu’aux fabricants mais ils ne sont pas du même ordre. Pour les premiers ils sont pilotés par la peur d’être empoisonnés, cette peur relève d’ailleurs souvent d’un réflexe paranoïaque ; pour les seconds ils sont plutôt pilotés par des difficultés techniques, la crainte de dévoiler des secrets de fabrication et enfin par une dose malicieuse de désinformation.

La récupération de la polémique par certains politiques en France et surtout en Belgique complique encore plus la situation suite probablement à une mauvaise assimilation des conseils de leurs attachés scientifiques ou peut être suite à des conseils malfaisants visant à dénigrer telle ou telle production agricole sous la pression des lobbies faisant fi des conséquences socio économiques susceptibles d’impacter gravement les pays producteurs.

Les consommateurs se plaignent très souvent d’être mal informés par les étiquettes signalétiques et ne font pas confiance aux fabricants. Le manque d’informations détaillées est le plus souvent le principal grief des consommateurs. "Contient des huiles végétales" est une information imprécise, pourquoi ne pas donner la liste des huiles entrant dans la formulation du produit ? Si le produit ne contient pas d’huile de palme le consommateur le constatera lui même sur l’étiquette. Cette démarche évitera la mention tendancieuse "sans huile de palme" qui laisse supposer d’une manière malhonnête que l’huile de palme est toxique.

Le fabricant arguera dans beaucoup de cas en faisant remarquer que les emballages offrent une surface trop limitée pour permettre de détailler les compositions complètes sur les étiquettes. Si un produit contient plusieurs additifs, ce qui est très souvent le cas, on peut comprendre que la liste risque de s’exprimer par un texte rébarbatif par sa longueur et la petite dimension des caractères.

Des solutions ?

On pourrait envisager par l’intermédiaire d’un code barre différent de celui du prix, d’utiliser un détecteur et son écran pour faire apparaître la liste de tous les ingrédients y compris les additifs.

Ce procédé mettrait les consommateurs et les fabricants d’accord, les premiers pourraient lire sans problème la liste des ingrédients et des additifs et les seconds seraient satisfaits de se contenter d’un code barre qui ne prendrait que peu de place sur les emballages ce qui serait très appréciable pour les petits formats.

Pour les mélanges d’huiles végétales, il est vrai que certains fabricants souhaitent protéger leurs recettes de fabrication ou taire la présence d’huile de palme qui pourrait rebuter certains consommateurs. Pourtant certains le font et précisent même "huile de palme RSPO". Oui mais y-a-t’il beaucoup de consommateurs capables de comprendre le sigle RSPO ?

Profitons de cet éditorial pour traduire RSPO qui signifie "Roundtable on Sustainable Palm Oil" ou en français "Table Ronde sur l’Huile de Palme Durable", organisation internationale créée en 2004. Qui connaît les principes et les critères pour la production durable d’huile de palme ? Est ce que les consommateurs savent que derrière ce sigle il y a un engagement de transparence des planteurs, des huiliers, des raffineurs et des négociants sur les questions environnementales, sociales et juridiques ? 

Hélas ! Il suffit d’être observateur pour constater que dans les supermarchés, très peu de consommateurs lisent les étiquettes. En définitive on peut dire que l’étiquetage est plutôt simple pour les produits de base comme les huiles vendues en bouteille mais devient un acte compliqué contrairement à ce que l’on pourrait penser a priori, pour les produits formulés. Le principe de l’écran tactile serait un grand progrès informatif et pédagogique pour les consommateurs qui le souhaiteraient.

La diabolisation injuste et infondée de l’huile de palme sera-t-elle réglée pour autant ? Rien n’est moins certain, hélas.

Dr Jean Graille, consultant for Lipid Technology, ancien chercheur à l’ITERG, ancien chef du laboratoire de Lipotechnie du CIRAD.

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